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Areski : Une évolution permanente

Areski : Une évolution permanente


Areski Belkacem sort à 70 ans Le Triomphe de l’Amour, son deuxième album en quarante ans de carrière, très imprégné de chaâbi. Compositeur de l’ombre de la chanson française, homme de théâtre, de musique et de mots, il s’envolera le lendemain de notre rencontre lire des textes avec Brigitte Fontaine aux Correspondances de Manosque. Conversation.

 

Vous lisez beaucoup ?

 

Areski Belkacem : Oui, je lis de tout. Des bouquins, des revues, de tout. Mais j’écoute surtout beaucoup de musique. Tout ce qui se passe, mais surtout de la musique classique. Ce matin, par exemple, j’ai écouté les Suites de Bach, par Richard Galliano. J’adore !

 

A ce propos, on entend beaucoup d’accordéon, souvent mêlé au chaâbi, sur votre disque.

 

AB : Oui, pourquoi pas ? J’aime beaucoup l’accordéon. Je trouve que c’est un instrument d’une grande noblesse et qui a des couleurs très populaires. Chaâbi ça veut dire « peuple ». Ca me plaisait qu’il y ait ce lien à l’intérieur du disque. L’accordéon traverse tout l’album, parce que j’aime son pouvoir évocateur. Ca sonne bien, c’est lumineux.

 

Vous êtes né à Versailles. Quel rapport avez-vous avec la musique algérienne ?

 

AB : A la maison, les vedettes d’après-guerre, les vieux briscards du chaâbi, venaient jouer chez mes parents. C’était vraiment passionnant, parce qu’il y avait des tas de mélanges : des parties en français, des parties en arabe. Le chaâbi, c’est une musique du peuple, une musique des ports finalement. C’est une musique qui a du rythme, de l’humour, avec des interprètes exceptionnels et très souvent autodidactes.

 

Et vous aviez aussi à la maison le côté accordéon-musette ?

 

AB : Quand j’ai commencé à faire de la musique, je jouais dans les dancings, les tripots. Je faisais les remplacements de musiciens qui avaient une maîtresse… Et puis, j’ai fait les mariages. On apprend beaucoup en jouant les tubes populaires. C’étaient les débuts du rock, le jazz était intéressant… Maintenant un peu moins, je trouve.

 

Comme à la Radio, enregistré en 1970 avec l’Art Ensemble de Chicago, est considéré comme annonciateur de la world music, vous êtes d’accord ?

 

AB : On jouait dans un même lieu, l’Art Ensemble de Chicago passait juste avant nous. Et puis, un jour, on a décidé de faire quelque chose ensemble. Mais « world music », c’est un bien grand mot : hier comme aujourd’hui, tout reste à inventer. Il y a encore beaucoup de pièces rapportées, on mélange des instruments, des timbres, mais ça manque de vérité. La musique est en évolution de toute façon et elle est prophétique de nos sociétés.

 

 

 

Vous avez ensuite démarré le théâtre, comment ça a pris ?

 

AB : J’ai commencé par le théâtre de patronage. Et puis après, avec Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Rufus, on a monté des spectacles qui étaient bien sympas d’ailleurs, quand j’y pense. L’expression était vraiment moderne. On faisait table rase de ce qui existait, on cherchait des tas de choses. Y’avait des raps, déjà, à l’époque. Brigitte écrivait les textes, Jacques montait les spectacles, je faisais la musique…

 

En musique, vous mélangiez les genres, aussi ?

 

AB : Oui, c’est là où j’ai commencé à mélanger les genres, parce que je ne sais pas faire autre chose. Sur mon album, j’ai mélangé des rythmes, des timbres, j’ai déformaté des choses, mais pas pour le faire, parce que ça me venait comme ça.

 

C’est votre double culture qui parle ?

 

AB : Je ne crois pas à ces trucs de double culture. Pour moi, c’est bidon. On peut toujours inventer des tas de choses, mais la culture d’une personne, ça ne se résume pas à une carte d’identité. On est fait de plein de choses, des rencontres… C’est une évolution permanente ou alors la personne est dead, quoi. On ne parle plus de culture, mais de destin.

 

Vous êtes quelqu’un de révolté ou vous poétisez la vie ?

 

AB : Ce qui se passe en ce moment me fout en pétard. Vous vous rendez compte : un pays qui a 2000 ans, vous allez lui parler d’identité nationale ? C’est n’importe quoi ! La déchéance de nationalité, non. Je ne comprends pas qu’on tire sur les flics, mais je ne comprends pas que les flics tirent sur des gens. Cette violence, c’est nul. La nationalité française n’est pas une marchandise.

 

Dans vos chansons, pas de politique. Auraient-elles pu être écrites il y a trente ans ?

 

AB : Mon propos, c’est qu’on soit bien ensemble, que les gens aient envie d’écouter mon disque. J’explore, en fait. Les sphères, les mondes musicaux. Dans la musique, il n’y a pas que la musique, mais une relation avec l’invisible.

 

Avec ce deuxième album solo en quarante ans de carrière, vous avez appris de nouvelles choses ?

 

AB : Le Triomphe de l’Amour m’a appris. C’est un beau texte, poétique, érotique, écrit par Brigitte Fontaine. Un piano/voix, très intéressant. Car je chante tout en direct. Je ne refais pas cinquante fois une prise, sinon je n’ai plus rien à dire. C’est une question d’énergie, de concentration, de travail. Et puis j’aime théâtraliser la musique, donc tous les instruments sont aussi présents que ma voix. Je trouve que c’est normal, c’est mon goût.

 

Propos recueillis par Eglantine Chabasseur

 

Areski sera en concert le 26 octobre au Café de la Danse à Paris







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